Arguments anti-vote des femmes et contre-arguments

Analyse sous quatre angles

Le débat sur le suffrage féminin, qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle, constitue l'un des affrontements intellectuels et politiques les plus révélateurs de l'histoire ...

Introduction

Le débat sur le suffrage féminin, qui s'étend de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle, constitue l'un des affrontements intellectuels et politiques les plus révélateurs de l'histoire démocratique moderne. Cette opposition, loin d'être uniforme, mobilise des registres argumentatifs multiples — scientifiques, psychologiques, sociologiques et humains — qui traduisent les tensions profondes entre les idéaux universalistes issus des Lumières et les structures patriarcales héritées de l'Ancien Régime.[1][2][3]

En France, où le suffrage universel masculin est instauré dès 1848, les femmes demeurent exclues du corps électoral jusqu'en 1944, faisant de la République française l'une des dernières démocraties occidentales à reconnaître ce droit fondamental. Ce paradoxe — proclamer l'universalité des droits tout en excluant la moitié de l'humanité — structure l'ensemble des débats qui opposent, pendant près d'un siècle et demi, les partisans du statu quo aux défenseurs de l'égalité politique.[3][4][5][1]

Cette analyse examine systématiquement les arguments anti-suffrage et leurs réfutations selon quatre dimensions distinctes mais interconnectées, révélant ainsi la nature profondément idéologique d'une exclusion présentée comme « naturelle » par ses défenseurs.

I. Arguments et contre-arguments scientifiques

Les arguments biologiques contre le vote des femmes

L'opposition au suffrage féminin s'appuie largement sur une prétendue base scientifique, mobilisant l'autorité de la biologie et de la médecine pour légitimer l'exclusion politique des femmes. Le professeur William T. Sedgwick, figure éminente de cette rhétorique, affirme l'existence d'une « différence structurelle profonde affectant probablement chaque organe, chaque tissu et chaque cellule du corps entier » entre hommes et femmes. Cette assertion, qui prétend ancrer l'inégalité politique dans la nature même, repose sur plusieurs piliers argumentatifs.[6]

La faiblesse physique constitutive est avancée comme un obstacle rédhibitoire : les femmes seraient « biologiquement inaptes aux devoirs de la citoyenneté », physiquement trop faibles pour supporter « les questions difficiles comme la guerre et la paix ». Les grossesses et les « indispositions passagères » — référence euphémique aux menstruations — sont présentées comme des handicaps incompatibles avec l'exercice régulier de responsabilités civiques.[7][8][6]

Sir Almroth Wright va plus loin en pathologisant la physiologie féminine elle-même, évoquant les « troubles nerveux et mentaux qui apparaissent parfois avec la grossesse et le climatère ». Cette médicalisation de l'existence féminine transforme des processus physiologiques normaux en sources présumées d'instabilité, justifiant l'exclusion politique au nom de la protection de l'ordre social.[8][9][6]

Les analogies animales constituent un autre registre pseudo-scientifique : Sedgwick compare poules et coqs, vaches et taureaux pour « prouver » que, malgré un « même environnement et opportunité », les différences entre sexes persistent naturellement. Cette transposition du règne animal à la société humaine évacue totalement la dimension culturelle et historique de la domination masculine.[6]

La réfutation scientifique : l'autorité de l'expertise contre le préjugé

Face à ces arguments, la communauté scientifique elle-même se divise, et plusieurs éminents chercheurs démontent méthodiquement ces pseudo-évidences biologiques. Leurs contre-arguments, publiés notamment dans le *New York Times* en février 1914, constituent une réfutation systématique et dévastatrice.[6]

Dr. Simon Flexner (directeur des laboratoires du Rockefeller Institute) établit un principe fondamental : « Je ne crois pas qu'il existe un fondement physiologique à l'assertion que les fonctions du cerveau, et donc les opérations de l'intelligence, soient en quelque manière affectées par les différences de structure anatomique entre les deux sexes ». Son expérience de l'enseignement en laboratoire démontre que « le clivage n'était pas selon les lignes de sexe » : échecs et réussites se répartissent également entre hommes et femmes. Il observe que « les femmes dans les laboratoires travaillent jour après jour et mois après mois, et en règle générale ont un degré de contrôle physique et émotionnel tel que toute différence dans leur état physique quotidien est imperceptible ».[6]

Dr. Frederick Peterson (Columbia University) invoque l'autorité de Thomas Huxley, qui écrivait dans une lettre au *London Times* : « Sans voir de raison de croire que les femmes soient, en moyenne, aussi fortes physiquement, intellectuellement ou moralement que les hommes, je ne peux fermer les yeux sur le fait évident que beaucoup de femmes sont beaucoup mieux dotées à tous ces égards que beaucoup d'hommes ». Peterson démonte les analogies animales de Sedgwick en rappelant le rôle des éleveurs dans la spécialisation des fonctions : « L'influence de l'homme dans l'environnement » a transformé poules en pondeuses et vaches en laitières. Dans le règne animal sauvage, note-t-il, « c'est l'éléphante qui mène le troupeau, la lionne qui tue, et la tigresse qui nourrit, défend et élève ses petits sans aucune assistance du tigre ».[6]

Quant à l'argument des menstruations, Peterson le qualifie de fallacieux : « La femme normale dans mon expérience n'est jamais rendue anormale par ces conditions physiologiques normales ». Les symptômes évoqués par Wright résultent de « constitutions névrotiques sous-jacentes ou de maladies réelles présentes à ce moment, telles que septicémie ou auto-intoxication, anémie », et non de la physiologie féminine elle-même.[6]

Dr. William H. Howell (professeur de physiologie à Johns Hopkins) va au cœur du sophisme : « Il est certain que personne ne serait assez téméraire pour affirmer, sur la base de preuves scientifiques, que les organes digestifs ou circulatoires d'une femme diffèrent de ceux d'un homme. Personne, peut-être, n'irait jusqu'à maintenir que le système nerveux en général d'un sexe est en quelque respect connu différent de celui de l'autre ». S'il existe des différences, « la nature de cette différence est entièrement inconnue de la science physiologique ».[6]

Son expérience d'enseignement auprès de classes mixtes pendant « de nombreuses années » l'a convaincu qu'il n'était « jamais nécessaire de faire des concessions aux femmes comme aux vases plus faibles. Au contraire, en matière de zèle pour le travail et d'intelligence dans la saisie des faits et des principes, elles se sont montrées, en moyenne, tout aussi capables que les étudiants masculins, tandis que sur un aspect, à savoir la capacité d'exprimer ce qu'elles savent en anglais clair et logique, je les ai trouvées en règle supérieures aux hommes ».[6]

Dr. Franklin P. Mall (Johns Hopkins) apporte un témoignage empirique décisif : « J'ai aussi eu au moins vingt ans d'expérience avec plus d'un millier de diplômés universitaires sélectionnés dans l'enseignement biologique et je dois encore apprendre que les étudiantes ont besoin d'une considération spéciale. En fait, aucune concession n'a été faite aux femmes, et en tant que groupe, elles se sont invariablement situées au-dessus de la moyenne. ». Il cite l'exemple de l'année en cours : sur 90 diplômés en médecine (80 hommes, 10 femmes), « deux hommes et quatre femmes sont en tête de la classe ».[6]

Le professeur James Harvey Robinson, historien à Columbia, situe le débat dans sa dimension épistémologique : « La biologie porte la même relation aux questions de civilisation que la géologie à l'architecture ». La nature, souligne-t-il, « sous-tend mais ne détermine pas la civilisation ». Il dénonce l'erreur consistant à « confondre la nature brute de l'homme et la civilisation » : « La force brutale est plutôt sans importance dans les changements qui se produisent dans nos relations sociales et nos idéaux, et nous devrions tous être constamment sur nos gardes quand nous sommes tentés de faire appel à la nature pour sanctionner un schéma particulier d'ajustement humain qui pourrait se trouver rencontrer notre approbation ».[6]

Cette réfutation collective démontre que l'argument biologique n'est qu'un habillage pseudo-scientifique de préjugés sociaux. Les différences anatomiques, réelles mais limitées, sont instrumentalisées pour justifier une exclusion politique dont les véritables racines sont historiques et culturelles, non naturelles.

II. Arguments et contre-arguments psychologiques

L'incapacité mentale supposée des femmes

Le registre psychologique de l'opposition au suffrage féminin repose sur la construction d'une altérité cognitive radicale : les femmes seraient mentalement inaptes à l'exercice du jugement politique. Cette argumentation pathologise la différence de genre, transformant les femmes en êtres fondamentalement irrationnels et émotionnellement instables.

L'hystérie comme disqualification politique constitue l'argument central. Les opposants évoquent l'« hystérie militante » des suffragettes pour suggérer que la revendication du droit de vote elle-même serait symptomatique d'un déséquilibre mental. Sir Almroth Wright, dans un texte intitulé *The Unexpurgated Case Against Woman Suffrage*, affirme que « les maux du suffrage féminin résident, premièrement, dans le fait que donner le vote aux femmes, c'est le donner à des électrices qui, en tant que classe, sont totalement incompétentes pour statuer ». Cette « incompétence » résiderait dans une constitution névrotique inhérente au sexe féminin.[10][11][8][6]

L'incapacité rationnelle est constamment réaffirmée : les femmes seraient incapables de « penser calmement et froidement », leurs décisions étant toujours « contaminées » par l'émotion. Un sénateur français résume cette vision en 1919 : « les mains des femmes sont-elles faites pour le pugilat de l'arène publique ? ». L'idée sous-jacente est que la politique, espace de conflit et de débat rationnel, excéderait les capacités mentales féminines.[12][13][1]

L'influençabilité excessive complète ce tableau : les femmes, dépourvues d'autonomie intellectuelle, voteraient nécessairement selon les directives de leur « mari, curé ou père ». En France, cette crainte du « vote clérical » féminin hante particulièrement les radicaux-socialistes, qui redoutent que les femmes, « sous l'emprise de l'Église », ne menacent la République laïque. Le sénateur radical Cuminal déclare ainsi en 1927 : « Si par malheur, vous veniez à instituer le suffrage universel en faveur des femmes, même pour les élections municipales, ce serait l'écroulement de la démocratie ».[4][1][3]

Cette construction d'une altérité psychologique radicale justifie, aux yeux de ses promoteurs, une exclusion politique présentée comme protectrice — pour les femmes elles-mêmes autant que pour la société.

Le démenti de l'expérience : capacité intellectuelle et contrôle émotionnel

Les contre-arguments puisent leur force dans l'observation empirique et l'expérience directe de femmes engagées dans des activités intellectuelles exigeantes. Contrairement aux spéculations abstraites des opposants, les défenseurs du suffrage s'appuient sur des données concrètes.

L'égalité des performances académiques est attestée par de nombreux témoignages d'enseignants. Le Dr. Howell rapporte que, dans ses cours mixtes à Johns Hopkins, « je n'ai jamais été conscient de quelque manière que ce soit qu'il était nécessaire de faire des concessions aux femmes comme aux vases plus faibles ». Au contraire, « en matière de zèle pour le travail et d'intelligence dans la saisie des faits et des principes, elles se sont montrées, en moyenne, tout aussi capables que les étudiants masculins ».[6]

Le Dr. Mall ajoute une précision décisive : « Cette année nous diplômerons en médecine quatre-vingts hommes et dix femmes ; deux hommes et quatre femmes sont en tête de la classe ! ». Ces chiffres démontrent non seulement l'égalité, mais dans ce cas précis la supériorité de la performance féminine dans un domaine intellectuellement exigeant.[6]

Le contrôle émotionnel est directement observé dans les conditions les plus difficiles. Le Dr. Flexner note : « Mon observation est que les femmes dans les laboratoires travaillent jour après jour et mois après mois, et en règle générale ont un degré de contrôle physique et émotionnel tel que toute différence dans leur état physique quotidien est imperceptible ». Cette observation contredit frontalement l'argument de l'instabilité émotionnelle cyclique.[6]

Le Dr. Peterson, neurologue et spécialiste des maladies mentales, insiste : « La femme normale dans mon expérience n'est jamais rendue anormale par ces conditions physiologiques normales ». Il démonte le mythe de l'hystérie généralisée en rappelant que les symptômes pathologiques, quand ils existent, sont liés à des « constitutions névrotiques sous-jacentes » ou à des maladies spécifiques, non à la féminité elle-même.[6]

L'autonomie de pensée est illustrée par l'existence même du mouvement suffragiste. Si les femmes étaient réellement incapables de pensée autonome et systématiquement « influençables », comment expliquer qu'elles se mobilisent massivement pour réclamer un droit que leurs maris, pères et prêtres leur refusent ? Comme le souligne le Dr. Peterson, « la condition chronique de rébellion, même des enfants contre le contrôle des nourrices, des frères et sœurs aînés, des parents et des enseignants, est une protestation en faveur du droit à l'auto-gouvernement. Si persistante et impitoyable a été l'effort pour dominer l'élément féminin dans l'humanité, que nous pouvons bien nous émerveiller de la résistance constante maintenue par les femmes à travers les siècles ».[14]

Les suffragistes démontrent empiriquement que les prétendues différences psychologiques sont en réalité des constructions idéologiques masquant l'égalité fondamentale des capacités intellectuelles. L'« incompétence » attribuée aux femmes n'est que le produit d'une privation systématique d'éducation et d'opportunités, non une incapacité naturelle.

III. Arguments et contre-arguments sociologiques

La menace sur l'ordre familial et social

L'opposition sociologique au suffrage féminin s'articule autour d'une crainte centrale : la destruction de la famille comme cellule de base de la société. Cette peur structure l'ensemble des arguments conservateurs, qui présentent le droit de vote comme incompatible avec les responsabilités domestiques féminines.

La doctrine des sphères séparées constitue le fondement théorique de cette opposition. Selon ce paradigme, hommes et femmes appartiennent à des espaces ontologiquement distincts : « la place d'un homme est dans la corne-champ, sur le champ de bataille, et au bureau de vote, et nous les REPRÉSENTONS dans la salle de classe, au foyer, et au berceau ». Cette division n'est pas présentée comme une construction sociale, mais comme l'expression d'une loi naturelle immuable.[15][13][16][12]

Les opposants prédisent que le vote féminin entraînerait un abandon des responsabilités domestiques. Une brochure anti-suffrage de 1912 avertit : « Le suffrage féminin n'améliorera pas la paix et l'harmonie dans le foyer, mais, au contraire, dans la chaleur d'une campagne, il est sûr d'apporter dissension et discorde ». Les caricatures de l'époque représentent des maisons en désordre, des enfants négligés, des maris contraints d'assumer les tâches ménagères pendant que leurs épouses s'adonnent à la politique.[17][18][7]

La menace sur l'autorité masculine transparaît dans l'argument selon lequel le vote féminin « doublerait » simplement l'électorat sans apporter de nouvelle perspective : « Cela signifie simplement doubler le vote, et spécialement le vote indésirable et corrompu de nos grandes villes ». Mais ce qui inquiète plus profondément est la possibilité d'un désaccord conjugal : si épouse et mari votent différemment, c'est l'unité familiale elle-même qui serait fracturée. Un article du *Queen* magazine de 1908 dénonce les suffragettes comme « irresponsables » en forçant le vote sur « épouses et mères ».[16][19][20]

La doctrine de la représentation vicaire soutient que les femmes sont déjà « représentées » par leurs pères, maris, frères et fils, qui « les aiment » et défendent naturellement leurs intérêts. Une brochure de 1894 proclame : « Ce sont nos pères, frères, maris et fils qui nous représentent au bureau de vote. Nos pères et nos frères nous aiment ; nos maris sont notre choix, et ne font qu'un avec nous ; nos fils sont ce que NOUS EN FAISONS ». Cette vision patriarcale présuppose une identité d'intérêts entre hommes et femmes d'une même famille, rendant le vote féminin superflu.[16]

Au-delà de la famille, c'est l'ordre social tout entier qui serait menacé. Les opposants prédisent « des conséquences désastreuses de bouleversement social, arguant que le suffrage féminin entraînerait l'égalité raciale, le mariage interracial, le socialisme, le déclin de la religion et la destruction de la famille ». Ils redoutent particulièrement le vote des femmes « indésirables » — pauvres, immigrées, noires —, accusant les suffragistes de vouloir « doubler le pouvoir des pauvres ».[21][22]

La nécessité du vote pour protéger la famille

Les suffragistes retournent brillamment l'argument familialiste contre leurs adversaires, démontrant que c'est précisément pour protéger leurs familles que les femmes ont besoin du droit de vote. Cette stratégie rhétorique, particulièrement développée aux États-Unis et en France, s'appuie sur une vision élargie des responsabilités maternelles.

Le document « Women in the Home » (Association pour le suffrage féminin de l'État de New York) énonce cette logique avec une clarté implacable : « On nous dit toujours que les femmes appartiennent au foyer. Très bien. Mais qu'attendons-nous des femmes au foyer ? Rester à la maison ne suffit pas. Elle est un échec à moins qu'elle ne prenne soin du bien-être moral et physique de sa famille, en particulier de ses enfants. Elle est tenue responsable de la manière dont ses enfants se développent ».[23]

Or, poursuit l'argument, la mère ne peut accomplir ses responsabilités sans pouvoir politique : « Elle peut nettoyer ses propres pièces, MAIS si les voisins sont autorisés à vivre dans la crasse, elle ne peut empêcher ses pièces d'être remplies de mauvais air et d'odeurs, ou d'être infestées de vermine. Elle peut bien cuisiner sa nourriture, MAIS si les commerçants sont autorisés à vendre de la mauvaise nourriture, du lait impur ou des œufs périmés, elle ne peut rendre la nourriture saine pour ses enfants. Elle peut soigner sa propre plomberie et ses déchets, MAIS si la plomberie dans le reste de la maison est insalubre, si les ordures s'accumulent et que les couloirs et escaliers sont laissés sales, elle ne peut protéger ses enfants de la maladie et de l'infection qui en résultent ».[23]

La conclusion s'impose : « En fait, les HOMMES sont responsables des conditions dans lesquelles les enfants vivent, mais nous tenons les FEMMES responsables des résultats de ces conditions. Si nous tenons les femmes responsables des résultats, ne devons-nous pas, en simple justice, les laisser avoir quelque chose à dire sur ce que ces conditions seront ? ». Le vote apparaît ainsi non comme un abandon des responsabilités familiales, mais comme leur prolongement nécessaire dans la sphère publique.[23]

Frances Willard, présidente de la *Woman's Christian Temperance Union*, développe un argument similaire en faisant du suffrage une « arme dans les mains des femmes contre le pouvoir du rhum, en défense du Foyer ». Son raisonnement moral transcende la simple revendication de droits : « Pas des droits, mais des DEVOIRS ; pas son besoin seul, mais celui de ses enfants et de son pays ». Willard persuade des centaines de milliers de femmes que les droits politiques sont les moyens nécessaires pour accomplir leurs devoirs envers leurs familles, communautés et nation.[24]

L'échec de la représentation vicaire est démontré par l'existence même de lois discriminatoires. Si les hommes représentaient vraiment les intérêts des femmes, comment expliquer que le droit de propriété des femmes mariées leur soit systématiquement dénié ? Que les salaires féminins soient structurellement inférieurs ? Que les mères n'aient aucun droit de garde sur leurs enfants en cas de séparation ?. John Stuart Mill souligne : « Des griefs de moindre ampleur que la loi sur la propriété des femmes mariées, lorsqu'ils sont subis par des parties moins habituées à la soumission passive, ont provoqué des révolutions ».[25]

Plus fondamentalement, l'argument de la représentation vicaire présuppose une unité d'intérêts qui est elle-même une fiction idéologique. Comme le note Mill : « On dit que les femmes n'ont pas besoin de pouvoir direct, ayant tant de pouvoir indirect, à travers leur influence sur leurs parents masculins et leurs relations ». Mais cette « influence » n'est qu'une forme de pouvoir précaire et informel, révocable à tout moment, qui place les femmes en position de supplication permanente plutôt que de citoyenneté égale.[25]

L'expérience des pays où les femmes votent contredit les prédictions catastrophistes. En Nouvelle-Zélande (droit de vote en 1893), en Australie, en Finlande, aucun « bouleversement social » ne s'est produit. Au contraire, ces pays ont vu des améliorations dans la législation sociale, l'éducation et la santé publique. Le Dr. Mall interpelle : « Étudions le suffrage féminin là où il a été essayé et voyons s'il est en corrélation avec les maux qu'il prédit. Au lieu de ténèbres, nous trouverons l'atmosphère spirituelle de sa propre Abigail Adams, qui est plus exaltante ».[2][26][6]

Les suffragistes démontrent ainsi que la famille n'est pas menacée par le vote féminin, mais au contraire renforcée. Le droit de vote apparaît comme l'outil indispensable pour que les mères puissent créer des conditions sociales favorables à l'épanouissement de leurs enfants. La véritable « destruction de la famille » résiderait dans le maintien d'un système où celles qui en portent les responsabilités premières sont privées des moyens de les assumer pleinement.

IV. Arguments et contre-arguments humains et éthiques

Le paradoxe de la « protection » par l'exclusion

L'argumentation « humaniste » des opposants au suffrage féminin recèle un paradoxe fascinant : ils prétendent refuser le vote aux femmes pour les protéger, préserver leur dignité et maintenir leurs « privilèges ». Cette rhétorique paternaliste présente l'exclusion politique comme un bienfait et la citoyenneté comme un fardeau dont il faut épargner le « sexe faible ».

Le vote comme « fardeau » constitue l'axe central de cette argumentation. Les anti-suffragistes affirment que les femmes n'ont « pas perdu confiance en leurs pères, maris, fils et frères, qui offrent pleine protection à la communauté, il n'y a aucun appel pour que les femmes les soulagent de cette tâche ». Le droit de vote serait une corvée, une obligation pénible dont les femmes devraient se réjouir d'être exemptées.[27][28][17]

Cette vision s'accompagne d'un argument sur les « privilèges » féminins : « Nous croyons que l'égalité politique nous privera de privilèges spéciaux jusqu'ici accordés par la loi ». Les femmes jouiraient d'un statut social supérieur précisément parce qu'elles sont en dehors de la politique, « considérées comme trop précieuses et innocentes pour être impliquées dans la vie publique ». Voter les ferait « descendre » au niveau des hommes, les exposant à la corruption du monde politique.[13][12][16]

Les opposants invoquent également la protection de la féminité elle-même : en entrant dans l'arène politique, les femmes perdraient leur « vraie nature », deviendraient « masculines » et « disgracieuses ». Un argument britannique avertit que « si les femmes se mettaient à voter, bientôt elles voudraient être députées et membres du gouvernement. Et cela serait préjudiciable aussi bien pour les intérêts de la nation que pour la santé de ces femmes, qui en pâtiraient probablement, étant donné l'intense activité qu'implique la politique ».[29][20][12]

L'argument de la « majorité silencieuse » prétend que « la plupart des femmes ne veulent pas du vote » : « PARCE QUE C'EST LA DEMANDE D'UNE MINORITÉ DE FEMMES, ET LA MAJORITÉ DES FEMMES PROTESTENT CONTRE CELA ». Les anti-suffragistes se présentent comme les défenseurs des intérêts véritables des femmes contre une minorité « bruyante » et « irresponsable ». Josephine Dodge et les membres de la *National Association Opposed to Woman Suffrage* arguent qu'elles représentent les sentiments authentiques de la population féminine.[30][12][27][16]

Cette rhétorique humaniste masque mal sa nature profondément antihumaniste : elle dénie aux femmes le statut de sujets autonomes capables de définir leurs propres intérêts, les infantilise en prétendant mieux savoir qu'elles ce qui est bon pour elles, et présente comme un privilège ce qui est en réalité une exclusion de la pleine humanité politique.

La revendication de la dignité humaine universelle

Face à cette rhétorique paternaliste, les défenseurs du suffrage féminin élaborent une argumentation fondée sur les principes fondamentaux de la philosophie des Lumières et de la pensée républicaine : l'universalité des droits naturels, la dignité inhérente à tout être humain, et l'égalité comme fondement de la justice.

Condorcet et l'universalisme des droits naturels

En 1790, dans son essai *Sur l'admission des femmes au droit de cité*, Condorcet pose les bases philosophiques de l'égalité politique entre les sexes. Son raisonnement part d'un principe simple mais révolutionnaire : « Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu'ils sont des êtres sensibles, susceptibles d'acquérir des idées morales, et de raisonner sur ces idées ; ainsi les femmes ayant ces mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux ».[31][32][33][34]

Ce syllogisme implacable fonde les droits politiques non sur des critères arbitraires (force physique, richesse, sexe), mais sur les capacités rationnelles et morales communes à tous les humains. Condorcet en tire une conclusion radicale : « Ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits, ou tous ont les mêmes ; et celui qui vote contre le droit d'un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens ».[32][34]

Cette formulation, remarquable par son universalisme explicite, inscrit le combat pour le suffrage féminin dans une lutte plus large contre toutes les formes de discrimination. Condorcet démonte ensuite l'argument de l'infériorité intellectuelle par une question rhétorique dévastatrice : « L'infériorité et la supériorité se partagent également entre les deux sexes. [...] Pourquoi en exclurait-on les femmes, plutôt que ceux des hommes qui sont inférieurs à un grand nombre de femmes ? ».[35][32]

Il conclut en invoquant des exemples historiques : « Élisabeth d'Angleterre, Marie-Thérèse, les deux Catherine de Russie, ont prouvé que ce n'était ni la force d'âme, ni le courage d'esprit qui manquaient aux femmes ». Ces figures démontrent empiriquement l'absurdité de l'exclusion systématique.[32]

John Stuart Mill et la justice constitutionnelle

En 1867, John Stuart Mill prononce devant la Chambre des Communes britannique un discours fondateur en faveur du suffrage féminin. Son argumentation combine principes philosophiques et pragmatisme juridique.[36][37][25]

Mill commence par souligner le caractère exceptionnel de l'exclusion des femmes dans le système britannique : « Monsieur, dans les limites de notre Constitution, c'est un cas solitaire. Il n'y a aucun autre exemple d'une exclusion qui soit absolue. Si la loi déniait un vote à tous sauf aux possesseurs de 5 000 livres par an, l'homme le plus pauvre de la nation pourrait — et de temps en temps le ferait — acquérir le suffrage ; mais ni la naissance, ni la fortune, ni le mérite, ni l'effort, ni l'intellect, ni même ce grand dispensateur des affaires humaines, l'accident, ne peut jamais permettre à aucune femme d'avoir sa voix comptée dans ces affaires nationales qui la touchent, elle et les siens, aussi intimement que toute autre personne de la nation ».[25]

Cette exclusion viole un principe constitutionnel fondamental : « L'exclusion des femmes, simplement en tant que femmes, de toute part dans la représentation [...] est également contraire aux principes particuliers de la Constitution britannique. Elle viole l'une des plus anciennes de nos maximes constitutionnelles — une doctrine chère aux réformateurs, et théoriquement reconnue par la plupart des conservateurs — que taxation et représentation devraient être coextensives. Les femmes ne paient-elles pas des impôts ? ».[25]

Mill dénonce également la dévalorisation symbolique des femmes par leur exclusion : « La loi cesserait de les déclarer incapables de choses sérieuses ; cesserait de proclamer que leurs opinions et leurs souhaits sont indignes de considération, sur des choses qui les concernent également avec les hommes, et sur beaucoup de choses qui les concernent beaucoup plus que les hommes. Elles ne seraient plus classées avec les enfants, les idiots et les lunatiques, comme incapables de prendre soin d'elles-mêmes ou des autres ».[25]

Susan B. Anthony et la Déclaration d'Indépendance

Susan B. Anthony, lors de son procès pour avoir voté « illégalement » en 1872, invoque directement la philosophie des droits naturels de la Déclaration d'Indépendance américaine : « Mes droits naturels, mes droits civils, mes droits politiques, mes droits judiciaires sont tous également ignorés. [...] Votre déni de mon droit de citoyen à voter est le déni de mon droit de consentement comme l'une des gouvernées ».[38][24]

Cette référence à la Déclaration inscrit le suffrage féminin dans la tradition révolutionnaire américaine elle-même, exposant la contradiction entre les principes fondateurs de la République et leur application sélective.

Elizabeth Cady Stanton et l'éthique du suffrage

Dans son discours « *The Ethics of Suffrage* » (1893), Stanton articule le droit de vote à la notion même d'autonomie humaine : « Le droit de suffrage est simplement le droit de se gouverner soi-même. Tout être humain naît au monde avec ce droit, et le désir de l'exercer vient naturellement avec les responsabilités de la vie. [...] Ceux seulement qui sont capables d'apprécier cette dignité peuvent mesurer l'étendue dans laquelle les femmes sont fraudées en tant que citoyennes de cette grande république ».[14]

Elle récuse l'argument selon lequel « les femmes ne désirent pas le droit de suffrage » en le confrontant à « chaque page de l'histoire, chaque fait de la nature humaine. La condition chronique de rébellion, même des enfants contre le contrôle des nourrices, des frères et sœurs aînés, des parents et des enseignants, est une protestation en faveur du droit d'auto-gouvernement ».[14]

Stanton prophétise également les transformations sociales que le suffrage féminin entraînera : « Le suffrage féminin signifie une révolution complète dans notre gouvernement, religion et vie sociale [...] Il signifie un nouveau et plus noble type d'hommes et de femmes, avec un amour et un respect mutuels l'un pour l'autre ».[14]

Olympe de Gouges et la Déclaration révolutionnaire

En France, Olympe de Gouges publie en 1791 la *Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne*, qui transpose les principes de 1789 au combat pour l'égalité des sexes. Son article premier proclame : « La femme naît libre et égale à l'homme en droits ». Sa formule la plus célèbre synthétise l'exigence de cohérence révolutionnaire : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».[5][39][33][3]

Cette phrase expose l'absurdité d'un système qui considère les femmes suffisamment responsables pour être exécutées, mais pas assez pour participer à l'élaboration des lois. L'égalité devant la mort doit logiquement entraîner l'égalité devant le droit.

Frances Willard et la dimension morale des droits

Willard développe un argument qui transcende l'opposition entre droits individuels et responsabilités collectives. Pour elle, le droit de vote n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'accomplir les devoirs que les femmes ont envers leurs familles et leur société : « Pas des droits, mais des DEVOIRS ; pas son besoin seul, mais celui de ses enfants et de son pays ».[24]

Cette formulation réoriente le débat : il ne s'agit plus de savoir si les femmes « méritent » le vote, mais de reconnaître qu'elles en ont besoin pour remplir leurs responsabilités morales. Willard écrit : « Quand les droits sont considérés par ami et ennemi comme de simples accaparements de pouvoir dans un monde impitoyable, ils perdent la capacité de protéger les faibles et les vulnérables. Mais quand les droits sont vus pour ce qu'ils sont — un appareil civil et politique né des devoirs naturels que nous nous devons les uns aux autres — ils peuvent rendre plus visibles nos responsabilités personnelles et rendre plus viable notre vie commune ensemble ».[24]

La dimension humaniste : dignité, autonomie et pleine citoyenneté

Au-delà des arguments spécifiques, le combat pour le suffrage féminin porte en lui une revendication fondamentale : la reconnaissance de l'humanité pleine et entière des femmes. Comme le formule Mill, priver les femmes du droit de vote revient à les « classer avec les enfants, les idiots et les lunatiques », à les exclure symboliquement de la communauté des êtres rationnels et moralement responsables.[25]

Cette exclusion constitue une violence symbolique qui dépasse largement la simple privation d'un droit formel. Elle signifie aux femmes que leurs opinions, leurs expériences, leurs intérêts ne comptent pas, qu'elles sont des citoyennes de seconde zone, des « citoyens passifs » pour reprendre la terminologie révolutionnaire française.[39][3]

Le vote apparaît ainsi comme la reconnaissance publique de la dignité humaine. Hubertine Auclert, pionnière du suffragisme français, écrit en 1887 : « Il est de toute évidence que le droit politique est pour la femme la clef de voûte qui lui donne tous les autres droits ». Sans la citoyenneté politique, tous les autres « droits » ne sont que des concessions révocables, non des droits véritables.[40]

Les suffragistes démontrent que la véritable « protection » des femmes passe non par leur exclusion, mais par leur inclusion dans la citoyenneté active. C'est en tant que citoyennes égales, capables de défendre leurs intérêts par le vote, que les femmes pourront véritablement exercer leur autonomie et leur dignité humaines.

Conclusion

L'examen systématique des arguments anti-suffrage et de leurs réfutations révèle que l'opposition au vote des femmes ne reposait sur aucun fondement rationnel solide. Qu'il s'agisse des prétendues différences biologiques, de l'incapacité mentale supposée, des menaces sur l'ordre familial ou des arguments paternalistes de « protection », chaque registre argumentatif a été méthodiquement démoli par les suffragistes et leurs alliés scientifiques, philosophiques et politiques.

Les contradictions internes des arguments anti-suffrage sont flagrantes : les femmes sont simultanément trop « pures » pour la politique corrompue et trop « émotionnelles » pour le jugement rationnel ; trop « faibles » pour voter mais assez fortes pour le travail domestique intense ; nécessitant une « protection » tout en étant privées des moyens de s'autoprotéger ; formant une « majorité silencieuse » opposée au vote dans un système qui ne leur demande jamais leur avis.[7][12][17][16]

Ces contradictions révèlent la véritable nature de l'opposition : non une analyse rationnelle des capacités féminines, mais une défense idéologique d'un ordre patriarcal menacé par les revendications égalitaires. Comme le note le professeur Robinson, les arguments « biologiques » ne sont que des habillages pseudo-scientifiques de convictions sociales héritées du Moyen Âge.[6]

Les réfutations suffragistes s'appuient sur trois piliers complémentaires : l'évidence empirique (performances académiques, expériences professionnelles), les principes philosophiques universels (droits naturels, dignité humaine, cohérence démocratique), et le pragmatisme social (nécessité du vote pour protéger les familles et améliorer la société).

La victoire du mouvement suffragiste, bien que tardive en France (1944) et inégalement répartie dans le monde, marque un tournant anthropologique majeur : la reconnaissance que la citoyenneté politique n'est pas liée au sexe, à la force physique ou à un rôle social prédéfini, mais découle de l'appartenance commune à l'humanité rationnelle et morale.[32][14][25]

Pourtant, comme le notent plusieurs observateurs contemporains, l'obtention du droit de vote n'a pas automatiquement résolu toutes les inégalités de genre. La sous-représentation persistante des femmes dans les assemblées élues, les écarts salariaux, les violences sexistes rappellent que le suffrage, bien qu'indispensable, n'était qu'une première étape vers l'égalité réelle.[41][42][43][5]

L'histoire du combat pour le suffrage féminin reste néanmoins d'une actualité brûlante. Elle nous enseigne que les droits ne sont jamais naturellement acquis, mais arrachés par des luttes longues et difficiles ; que les arguments « scientifiques » peuvent masquer des préjugés idéologiques ; et que la cohérence entre principes proclamés et pratiques effectives demeure un impératif démocratique permanent.

Comme l'écrivait Condorcet dès 1790, « celui qui vote contre le droit d'un autre, quels que soient sa religion, sa couleur ou son sexe, a dès lors abjuré les siens ». Cette formule garde aujourd'hui toute sa force : l'universalisme des droits ne souffre aucune exception sans se renier lui-même. La lutte pour le suffrage féminin n'était pas un combat « de femmes », mais un combat pour l'humanité entière, pour la cohérence de nos idéaux démocratiques et pour la dignité universelle de la personne humaine.[34][32]

Sources et références

  1. https://www.charles-de-gaulle.org/wp-content/uploads/2017/09/Le-refus-du-droit-de-vote-aux-femmes-dans-le-modele-republicain-francais-par-Frederic-Fogacci.pdf
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_de_vote_des_femmes
  3. https://www.oxfamfrance.org/inegalites-femmes-hommes/droit-de-vote-des-femmes/
  4. https://clespourlhistoire.ac-besancon.fr/non-au-vote-des-femmes/
  5. https://www.elections.interieur.gouv.fr/comprendre-elections/pourquoi-je-vote/droit-de-vote-des-femmes-long-processus
  6. http://exhibits.lib.umt.edu/forestry/timeline/details/766
  7. https://www.cnn.com/2021/08/26/us/womens-equality-day-right-to-vote-trnd
  8. https://ualrexhibits.org/suffrage/anti-suffrage-arguments/
  9. https://exhibits.library.jhu.edu/exhibits/show/hopkins19thamendment/scienceofsex
  10. https://en.wikisource.org/wiki/The_Unexpurgated_Case_Against_Woman_Suffrage/Letter_on_Militant_Hysteria
  11. https://pubs.lib.uiowa.edu/iowa-historical-review/article/33771/galley/142335/view/
  12. https://en.wikipedia.org/wiki/Anti-suffragism
  13. https://www.johndclare.net/Women1_ArgumentsAgainst.htm
  14. https://awpc.cattcenter.iastate.edu/2019/05/21/the-ethics-of-suffrage-may-1893/
  15. https://theconversation.com/women-who-opposed-votes-for-women-the-case-of-mrs-humphry-ward-237068
  16. https://teachingamericanhistory.org/document/some-reasons-why-we-oppose-votes-for-women/
  17. https://history.nebraska.gov/ten-reasons-why-women-dont-want-the-right-to-vote/
  18. https://wiltonhistorical.org/leave-well-enough-alone/
  19. https://www.bbc.com/news/uk-42704341
  20. https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2019/08/suffragettes-pretes-tout-pour-voter
  21. https://scholarworks.wmich.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1543&context=jssw
  22. https://images.socialwelfare.library.vcu.edu/exhibits/show/anti-suffrage
  23. https://wams.nyhistory.org/modernizing-america/womens-suffrage/arguments-for-and-against-suffrage/
  24. https://firstthings.com/how-women-made-the-moral-case-for-suffrage/
  25. https://liberalhistory.org.uk/history/john-stuart-mill-on-votes-for-women/
  26. https://ehne.fr/fr/encyclopedie/th%C3%A9matiques/genre-et-europe/le-genre-de-la-citoyennet%C3%A9-en-europe/le-droit-de-vote-des-femmes
  27. https://www.gilderlehrman.org/history-resources/essays/all-due-respect-understanding-anti-suffrage-women
  28. https://www.nebraskastudies.org/1900-1924/votes-for-women/opposition-to-womens-suffrage/
  29. https://www.reddit.com/r/AskHistorians/comments/138vnl/what_were_the_main_arguments_of_the_women/
  30. https://www.crusadeforthevote.org/naows-opposition
  31. https://revistas.um.es/analesff/article/view/571351
  32. https://commentairecompose.fr/sur-l-admission-des-femmes-au-droit-de-cite-condorcet/
  33. https://www.regardsdefemmes.fr/Documents/Manifestations/Interventions/Rdf_Intervention_Lumieres_source_feminisme.pdf
  34. https://classiques.uqam.ca/classiques/condorcet/admission_femmes_droit_de_cite/admission_femmes_droit_de_cite.html
  35. https://www.contrepoints.org/2023/07/05/459300-condorcet-et-legalite-des-genres-une-vision-revolutionnaire
  36. https://historyofparliament.com/2025/03/28/john-stuart-mills-womens-suffrage-amendment/
  37. https://suffrageandthemedia.org/source/john-stuart-mill-speech-admission-women-electoral-franchise/
  38. https://www.archives.gov/education/lessons/woman-suffrage
  39. https://www.vie-publique.fr/fiches/23925-grandes-etapes-de-la-conquete-du-droit-de-vote-des-femmes
  40. https://www.aphg.fr/IMG/pdf/dp_droit_de_vote_des_femmes_70_ans_clef_28avril15_def.pdf
  41. https://academic.oup.com/icon/article/12/1/4/628588
  42. https://www.senat.fr/rap/r14-672/r14-6721.pdf
  43. https://journals.openedition.org/revdh/14954
  44. https://muse.jhu.edu/article/946133
  45. https://shs.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2024-2-page-5?site_lang=fr
  46. https://www.cairn.info/revue-gestion-2000-2023-5-page-83.htm?ref=doi
  47. https://ojs.lib.uwo.ca/index.php/mfds-ecfw/article/view/22196
  48. http://journals.openedition.org/clio/18046
  49. http://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2022_num_265_1_6135
  50. http://preo.ube.fr/sel/index.php?id=462
  51. http://journals.openedition.org/etudesafricaines/34144
  52. http://journals.openedition.org/genrehistoire/1958
  53. https://www.semanticscholar.org/paper/d0ad14312031b483a5ac2793ebb167488ca5d6e4
  54. https://journals.openedition.org/histoirepolitique/pdf/15056
  55. https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/document/57456/1/ssoar-gender-2018-2-richter-Korper_Dinge_und_Macht_Wahlen.pdf
  56. https://www.sciendo.com/article/10.2478/genst-2024-0001
  57. https://www.mitpressjournals.org/doi/pdf/10.1162/daed_a_01771
  58. https://mrujs.mtroyal.ca/index.php/cf/article/download/570/344
  59. https://www.nss-journal.org/articles/nss/pdf/2004/02/nss4211.pdf
  60. https://www.scielo.br/j/edreal/a/7fvG9bhsbm9yNqyftTMyCMF/?format=pdf&lang=pt
  61. http://lm.alb.org.br/index.php/lm/article/download/369/394
  62. https://books.openedition.org/pur/112035?lang=fr
  63. https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/le-suffrage-universel/la-conquete-de-la-citoyennete-politique-des-femmes/contre-le-vote-des-femmes-florilege
  64. https://www.info.gouv.fr/actualite/en-1944-lobtention-du-droit-de-vote-des-femmes-est-presque-une-formalite
  65. https://www.histoirecanada.ca/consulter/femmes/les-10-principales-raisons-pour-lesquelles-les-femmes-n-avaient-pas-le-droit-de-vote
  66. https://www.senat.fr/connaitre-le-senat/lhistoire-du-senat/dossiers-dhistoire/les-femmes-senateurs/opposition-aux-feministes-au-senat.html
  67. https://sfpl.org/pdf/libraries/main/sfhistory/suffrageagainst.pdf
  68. https://sos.oregon.gov/archives/exhibits/suffrage/Pages/context/arguments.aspx
  69. https://revues.ulaval.ca/ojs/index.php/anthropen/article/view/30635
  70. https://www.semanticscholar.org/paper/e645135ee9754680d6dbf948e002b95249153c05
  71. https://www.semanticscholar.org/paper/486dae3eab4222c643caf14e9a93d5a491248b93
  72. https://www.semanticscholar.org/paper/ae7ece682121f022409ec009cca5cdc90dfdd803
  73. https://www.semanticscholar.org/paper/5855bc410f7cffa159719f998b6b688004bdaacc
  74. https://www.semanticscholar.org/paper/67491c0745e23816893598ab381108e036d1bb35
  75. https://www.semanticscholar.org/paper/3054ec99dde77e87430be87edf81b621294b881d
  76. http://istorija20veka.rs/wp-content/uploads/2017/08/2017_2_09_Misambled.pdf
  77. https://www.semanticscholar.org/paper/611cfcccf70a990aad5ecb98cc97f2d67547adbf
  78. https://www.semanticscholar.org/paper/47cc43efdb6e63e560f4f14a7507202718661450
  79. https://www.medecinesciences.org/articles/medsci/pdf/2019/07/msc190145.pdf
  80. http://eer.cz/doi/10.32725/eer.2007.006.pdf
  81. https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=LAUTR_070_0004&download=1
  82. https://aps.journals.ac.za/pub/article/download/434/388
  83. https://www.nss-journal.org/articles/nss/pdf/2006/03/nss6304.pdf
  84. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7888063/
  85. http://www.erudit.org/fr/revues/ateliers/2016-v11-n2-3-ateliers03246/1041773ar.pdf
  86. https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/C2BFCDE1454D3F39D6A2172B44403AC7/S0008423923000720a.pdf/div-class-title-understanding-public-support-for-policies-aimed-at-gender-parity-in-politics-a-cross-national-experimental-study-div.pdf
  87. https://www.scienceshumaines.com/la-longue-marche-pour-le-droit-de-vote_fr_43480.html
  88. https://facts.net/society-and-social-sciences/35-facts-about-anti-suffrage-arguments/
  89. https://wechronicle.com/womens-suffrage/exploring-the-argument-against-womens-suffrage-in-light-of-biological-determinism/
  90. https://www.senat.fr/connaitre-le-senat/lhistoire-du-senat/dossiers-dhistoire/les-femmes-senateurs/des-arguments.html
  91. https://histoire-image.org/etudes/vote-femmes-france-feminisme-pacifisme-antifascisme-heure-front-populaire
  92. https://www.semanticscholar.org/paper/8dab73a996cf8681e52e6ec93ac9ec8c5f7605df
  93. http://www.erudit.org/fr/revues/ateliers/2012-v7-n3-ateliers0463/1014388ar.pdf
  94. https://www.nss-journal.org/articles/nss/pdf/2005/03/nss5303.pdf
  95. http://id.erudit.org/iderudit/1076543ar
  96. http://www.erudit.org/fr/revues/ateliers/2015-v10-n3-ateliers02685/1037654ar.pdf
  97. https://www.ijfmr.com/papers/2024/1/12377.pdf
  98. https://ojs.uclouvain.be/index.php/emulations/article/download/paniques_morales_Gomes_Da_Cos/62683
  99. https://digitalcommons.law.uidaho.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1164&context=idaho-law-review
  100. https://www.mentalcapacitylawandpolicy.org.uk/voting-discrimination-and-legal-capacity/
  101. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19411349/
  102. https://www.facebook.com/notabenemovies/posts/pourquoi-les-femmes-ne-devraient-pas-voter-notabene-histoire-feminisme-suffraget/884790847086374/
  103. https://disabilityjustice.org/right-to-vote/
  104. https://www.ndrn.org/wp-content/uploads/2022/03/Voting-Accommodations-for-People-with-Mental-Disabilities-2022-02-22-1.pdf
  105. https://archivos.juridicas.unam.mx/www/bjv/libros/13/6152/26.pdf
  106. https://www.persee.fr/doc/genes_1155-3219_1998_num_31_1_1510
  107. https://www.cambridge.org/core/product/identifier/S0008423914000729/type/journal_article
  108. https://periodicos.uesc.br/index.php/dike/article/download/3617/2366
  109. https://www.okhistory.org/learn/wmsuffrage2
  110. https://daily.jstor.org/women-against-womens-suffrage/
  111. https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/epoque-contemporaine/suffragettes-quand-les-femmes-ont-defie-lordre-etabli-pour-voter-2021.php
  112. https://www.bangor.ac.uk/news/2024-08-21-women-who-opposed-votes-for-women-the-case-of-mrs-humphry-ward
  113. https://www.bbc.co.uk/news/uk-42704341
  114. https://www.semanticscholar.org/paper/e53c797186ecc99502a591240e1ac64a7698360c
  115. https://www.semanticscholar.org/paper/db1564749dc8290aaed081648c7e073b07e7e639
  116. https://www.semanticscholar.org/paper/1c1ffc4f4b741e7820caca4b88daec067a4487f2
  117. https://www.semanticscholar.org/paper/96698d971d31c7c32c8f5b29141b13083d8d4273
  118. https://www.semanticscholar.org/paper/89376e843d57f758077bd6a83785a5f0ca3b510b
  119. https://www.persee.fr/doc/ridc_0035-3337_1998_num_50_1_1117
  120. https://ojs.uclouvain.be/index.php/regardseco/article/view/15823
  121. https://www.semanticscholar.org/paper/63e1ee500d619c8e007af3b1a6ff30b1774e6498
  122. https://www.semanticscholar.org/paper/73434e1635129c34b1f723c7d18036311b8964a3
  123. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9192549
  124. https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/79F36AFE3FFFCDA2E9BA090F9477CC60/S0003055423000473a.pdf/div-class-title-bringing-in-the-new-votes-turnout-of-women-after-enfranchisement-div.pdf
  125. https://zenodo.org/record/2400880/files/article.pdf
  126. https://zenodo.org/record/2311007/files/article.pdf
  127. https://zenodo.org/record/2503064/files/article.pdf
  128. https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/D5E13B1D19304E7B1528ECF3FA3AF810/S0018246X2300047Xa.pdf/div-class-title-suffrage-and-the-secret-ballot-in-eighteenth-century-london-parishes-div.pdf
  129. https://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/pdf/2023/16/shsconf_cacc2023_01001.pdf
  130. https://books.openedition.org/enseditions/8042?lang=fr
  131. https://womenssuffragescotland.wordpress.com/main-sections/understanding-the-opposition-the-anti-suffrage-movement-in-scotland/
  132. https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/79-ans-du-droit-de-vote-des-femmes-long-vote-lance-en-partenariat-avec-le-gouvernement-une-campagne-inedite-pour-mettre-lhonneur-les-suffragettes-francaises
  133. https://scholarship.claremont.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1001&context=lux
  134. https://www.wadebridge.cornwall.sch.uk/assets/file/Votes%20foe%20Women%20knowledge%20booklet%20section.pdf
  135. https://ojs.uclouvain.be/index.php/emulations/article/download/4863/3533
  136. https://revistas.ucm.es/index.php/LTDL/article/download/92461/4564456569852
  137. https://revue.surlejournalisme.com/slj/article/view/402
  138. https://impactum-journals.uc.pt/platojournal/article/download/8589/7115
  139. https://publications-prairial.fr/fablijes/?do=_pdfgen_get&document=213&lang=en
  140. https://revistas.uam.es/bajopalabra/article/download/57-80/16638
  141. https://www.jamaissanselles.fr/2018/01/08/les-suffragents/
  142. https://exhibits.lib.arizona.edu/exhibits/show/foundingmothers/debates
  143. https://www.americanyawp.com/reader/20-the-progressive-era/alice-stone-blackwell-answering-objections-to-womens-suffrage-1917/
  144. https://en.wikipedia.org/wiki/Women's_suffrage
  145. https://scholarship.law.georgetown.edu/facpub/2390/
  146. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3046394/
  147. https://ehne.fr/en/encyclopedia/themes/gender-and-europe/gender-citizenship-in-europe/women%E2%80%99s-right-vote
  148. https://journals.openedition.org/transatlantica/19310
  149. https://artsandculture.google.com/story/rightfully-hers-why-did-women-fight-for-the-vote-u-s-national-archives/kwWBS91_6I2OKg?hl=en
  150. http://classiques.uqac.ca/classiques/condorcet/admission_femmes_droit_de_cite/admission_femmes_droit_de_cite.html
  151. https://shs.cairn.info/revue-annales-historiques-de-la-revolution-francaise-2023-1-page-25?site_lang=fr
  152. https://www.semanticscholar.org/paper/d3efbc105a8a79dcb75c3622c0ef315c1cdfa61c
  153. https://www.jstor.org/stable/2808167?origin=crossref
  154. https://www.semanticscholar.org/paper/9077ebb06f4ff4c88322fc649e17d5c9aa76e420
  155. https://revues-msh.uca.fr/revue-cmh/index.php?id=2872
  156. https://www.scielo.br/j/rdp/a/KqvqtnNZGrWtdCYKwqD4qSP/?format=pdf&lang=pt
  157. https://rpdroit.com/2022/07/30/louise-dupin-pour-legalite-des-sexes-au-siecle-des-lumieres/
  158. https://fr.wikipedia.org/wiki/Condition_f%C3%A9minine_au_si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res
  159. http://palimpsestes.fr/textes_divers/c/condorcet/femmes-droits.html
  160. https://www.ebsco.com/research-starters/literature-and-writing/subjection-women-john-stuart-mill
  161. https://usbeketrica.com/fr/six-femmes-lumieres
  162. https://www.studocu.com/fr/document/lycee-general-et-technologique-turgot/francais/analyse-lineaire-sur-ladmission-des-femmes-au-droit-de-cite-de-condorcet/64949200
  163. https://egyankosh.ac.in/bitstream/123456789/89325/1/Unit-8.pdf
  164. https://www.france-memoire.fr/femmes-savantes-au-siecle-des-lumieres/
  165. https://revistas.um.es/analesff/article/download/571351/350261/2214501
  166. https://ustpaul.ca/blog/post/38-john-stuart-mill-feminism-and-voting-
  167. https://www.superprof.fr/ressources/francais/francais-1ere-l/debat-femme-philosophie.html
  168. https://www.canalacademies.com/emissions/petites-histoires-de-science/les-femmes-de-science/condorcet-et-le-droit-des-femmes
  169. https://www.studocu.com/in/document/central-university-of-andhra-pradesh/political-theory-concepts-and-debates/js-mill-political-theory-suffrage-womens-rights-analysis/125772778
  170. http://www.erudit.org/fr/revues/ateliers/2015-v10-n3-ateliers02685/1037648ar.pdf
  171. https://www.erudit.org/en/books/actes-des-colloques-de-lassociation-internationale-des-demographes-de-langue-francaise/demographie-cultures-actes-colloque-quebec-2008/001494co.pdf
  172. http://www.erudit.org/fr/revues/ateliers/2007-v2-n1-ateliers03575/1044664ar.pdf
  173. https://www.assemblee-nationale.fr/13/evenements/droit_des_femmes/Plaquette_Droit-des-femmes.pdf
  174. https://histoire-image.org/etudes/vote-femmes-france-referendum-26-avril-1914
  175. https://www.village-justice.com/articles/1944-droit-vote-des-femmes-tout-simplement,46683.html
  176. https://revolution-francaise.net/2008/03/12/215-privees-notre-sexe-droit-honorable-donner-suffrage
  177. https://polsci.institute/modern-political-philosophy/mary-wollstonecraft-womens-human-rights/
  178. https://books.openedition.org/enseditions/5569?lang=fr